Quand Malakoff Médéric redoute d'être Ubérisé

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Philippe Plassart, du Nouvel Economiste, interviewait Guillaume Sarkozy, délégué général de Malakoff Médéric : "Un ‘Uber’ peut très bien émerger dans la santé du jour au lendemain. Je suis obnubilé par ce risque". Extraits :

La raison d’être des complémentaires est de rendre des services supplémentaires, de réguler la dépense, d’augmenter la qualité des prestations. Or on nous empêche de le faire. Notre ambition est de réinventer le métier en développant les actions de prévention, notamment au niveau des entreprises (Entreprise Territoire de Santé) – les entreprises ont compris que les salariés en bonne santé sont plus productifs et moins absents, et nous avons un programme qui s’appelle “bien-être et productivité”. Nous voulons aussi devenir une marque de confiance entre les Français et l’offre de soins, c’est-à-dire en étant capables d’orienter les Français qui le souhaitent dans la médecine curative. Nous voulons aider les patients dans tout leur parcours, du choix du médecin jusqu’aux suites opératoires. Bref, délivrer une prestation globale à dimension financière et sociale.

J’ai l’autorisation de la gouvernance d’engager plusieurs dizaines de millions d’euros dans cette stratégie. Il est essentiel et vital d’augmenter notre valeur ajoutée dans la nouvelle donne qui se met en place pour justifier notre raison d’être, et ne pas se contenter de procéder aux remboursements. Il faut de trois à quatre ans pour faire cette mutation rapide. La rapidité des changements dans le domaine de la médecine est stupéfiante. Et si on ne réagit pas à cette révolution, on sera doublé par d’autres, peut-être des étrangers. Un Uber peut très bien émerger dans la santé du jour au lendemain. Je suis obnubilé tous les matins par ce risque. Aucun secteur n’est protégé.

L’impératif d’une valeur ajoutée accrue

Les complémentaires santé exerçaient un métier à faible valeur ajoutée économique mais à forte valeur ajoutée sociale. Rembourser après la Sécu ne suppose pas un savoir-faire très élaboré. Beaucoup d’opérateurs peuvent le faire. C’est si vrai que l’on s’est retrouvé il y a une vingtaine d’années avec près de 10 000 mutuelles exerçant ce métier. Mais la baisse des taux de remboursement, l’évolution de la réglementation et le montant des investissements nécessaires renforce la nécessité de la concentration. Le groupe Malakoff Médéric, avec le renfort de la Mutuelle générale, représentera 10 % du marché de l’assurance collective (santé et prévoyance). Ce qui est une taille significative mais pas encore suffisante. Nous sommes en mesure de nous doter des vrais outils industriels pour élargir nos missions, car il importe d’augmenter notre valeur ajoutée dans le domaine de l’offre de soins. Ce mouvement est crucial car dans le monde vers lequel nous allons, les intermédiaires qui ne pourront justifier d’une valeur ajoutée sont voués à disparaître.

“La baisse des taux de remboursement, l’évolution de la réglementation et le montant des investissements nécessaires renforce la nécessité de la concentration”

Les rentes de situation à l’abri desquelles les mutuelles ont vécu n’existent plus. ‘L’ubérisation’ nous concerne aussi. Ce qui garantissait notre sécurité hier, c’est-à-dire “l’affinitaire”, autrement dit notre proximité avec les clients, n’est plus suffisant. Il ne suffit plus d’être du même village, de la même entreprise, de la même région pour justifier d’adhérer à une mutuelle. En mettant fin à ces situations de monopole, l’ouverture à la concurrence nous oblige à repenser notre métier et nos éléments de valeur ajoutée. Le fait que les entreprises cotisantes ne sont plus disposées à suivre la dérive des dépenses d’un système souvent incohérent et générateur de gâchis constitue un autre aiguillon. Il suffirait pourtant d’un peu plus de cohérence, de contrôle et de coordination pour supprimer le déficit. Le modèle économique est à réinventer.


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Animé par la Fédération Nationale des auto-entrepreneurs (FNAE), cet observatoire a pour but d'analyser l'ubérisation, d'apporter un constat précis et de proposer des pistes de réflexion autour de la réforme du code du travail, du dialogue social, de l'évolution du Droit, de la protection des travailleurs affiliés aux plateformes...

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