Uberisation du droit : pour un rapprochement entre legaltechs et professions juridiques

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Pierre Aïdan, Co-fondateur @ Legalstart.fr. Ancien avocat aux barreaux de Paris et de New York, docteur en droit et diplômé de l'Université de Harvard, Pierre Aïdan a co-fondé le site legalstart.fr, 1ère plateforme de services juridiques en ligne à destination des TPE/PME. Legalstart.fr permet aux entrepreneurs de faire eux-mêmes un certain nombre de démarches juridiques simples : créer une société (SAS, SASU, etc.), embaucher un salarié, recouvrer une créance ou encore déposer une marque.
Margaux Dalon, diplômée de l’EDHEC Business School et de la faculté libre de droit de Lille

Après le secteur du transport de personnes, de la location saisonnière ou encore de la finance, le secteur des services juridiques serait à son tour sur le point d’être « ubérisé ». Certains y voient les prémices d’une atomisation du droit, voire de la disparition pure et simple des avocats, notaires et juristes en général. La réalité d’aujourd’hui et de demain est probablement toute autre.

L’« Ubérisation » n’est pas un concept aux contours bien définis et fait l’objet de débats sémantiques. Cela étant dit, il existe un certain consensus autour de l’idée selon laquelle le phénomène « d’Ubérisation » redéfinirait le mode de fonctionnement et les règles de concurrence de la plupart des secteurs d’activité. L’origine de cet effet disruptif ? L’entrée de nouveaux acteurs qui, grâce à l’usage qu’ils font des technologies numériques, offrent un accès à moindre coût à certains services. Mais ce phénomène ne doit pas nécessairement être interprété comme la mort annoncée des acteurs traditionnels d’un marché, mais plutôt comme une redéfinition de l’ordre et des régulations établies sur celui-ci. Cela est particulièrement vrai, selon nous, dans le domaine juridique.

Sous l’impulsion d’un nombre croissant de start-up et autres entreprises innovantes, le marché du droit se trouve en effet confronté à une véritable transformation structurelle. Les professions juridiques réglementées connaissent aujourd’hui la mutation la plus radicale depuis celle engendrée par la fusion des professions juridiques dans les années 1990.  

Le développement des nouvelles technologies promet de transformer de manière profonde les méthodes et formes de travail des professionnels du droit : justice prédictive, moteurs de recherche juridique, gestion automatique et dématérialisée des procédures juridiques, outils de gestion de données juridiques, blockchains, intelligence artificielle, etc.  Aujourd’hui, l’accès aux services juridiques se fait de plus en plus à partir d’une requête Web et la récurrence et standardisation de certaines tâches valident une approche logicielle ou numérique du droit.

Cela étant dit, l’essor du numérique n’entraine toutefois en rien une remise en cause de l’existence des acteurs traditionnels. Bien au contraire, le recours aux technologies numériques contribue à remodeler la chaîne de valeur des praticiens du droit. Plus précisément, il s’agit de repositionner le juriste là où il est susceptible de fournir une plus forte valeur ajoutée, à savoir sur des missions d’expert et de stratège du droit.

L’« Ubérisation » n’est en soi, ni bonne ni mauvaise : elle implique simplement des changements structurels qui convient d’analyser individuellement. Autrement dit, l’impact du numérique dans le domaine juridique mérite, selon nous, donc d’être compris et  accompagné plutôt que subi et antagonisé.  A cet égard, le partenariat récemment mis en place entre Legalstart.fr et le réseau de notaires NCE matérialise, pour la première fois en France, une approche collaborative entre legaltechs et professions réglementées. En mettant à disposition des notaires une plateforme numérique permettant de simplifier la création d’entreprise, NCE et Legalstart.fr s’associent pour servir l’internaute de la manière la plus efficiente et sécurisante possible.

Prédire l’impact futur des technologies numériques sur les professions du droit est hasardeux.  Constater le recours massif des français aux solutions Web dans le domaine juridique et réfléchir, aux côtés des professionnels du droit, au meilleur service pour le justiciable est indispensable. L’essor du numérique ne signifie en rien l’appauvrissement ou la disparition des avocats, notaires, huissiers et autres professionnels du droit. Sans écarter les débats nécessaires qui devront avoir lieu sur les modalités d’intervention des legaltechs et autres acteurs de l’innovation juridique (éthique, concurrence), les transformations actuelles du secteur peuvent aussi être vues comme génératrices d’opportunités et de croissance pour les acteurs français.


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