Grégoire Leclercq présente l'Observatoire dans Prism'Emploi Le Mag

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  • Date de Publication: 24/07/2017
  • Catégories: Revue de Presse
  • Secteur(s)) impacté(s):

Description

« Instaurer une logique gagnant-gagnant entre les plateformes et les indépendants »

Pouvez-vous nous présenter l’Observatoire de l’Ubérisation. ?

Grégoire Leclercq : L’observatoire de l’Ubérisation est né en août 2015. Alors président de la Fédération des Auto-entrepreneurs, j’ai compris l’ampleur des changements qu’allait provoquer la montée en puissance des plateformes et j’ai co-fondé, avec Denis Jacquet, le président de l’association Parrainer la Croissance, cet Observatoire pour penser de manière globale ce phénomène de l’ubérisation. Il s’agit d’abord de décrypter de façon rationnelle ce qu’est l’ubérisation et de réaliser un travail d’analyse et de pédagogie  dans un domaine où l’on a encore trop tendance à faire des raccourcis et à confondre ubérisation, et digitalisation, ubérisation et économie collaborative, etc. Nous nous efforçons donc de bien cerner ce phénomène de transformation de l’acteur traditionnel par l’émergence d’un modèle innovant d’intermédiation adossé aux nouvelles technologies  que sont le Big data, l’intelligence artificielle, l’Internet des objets connectés et tout ce qui a trait à l’algorythmie. Il s’agit en outre de bien suivre ce que cette ubérisation produit dans chaque secteur, les impacts technique et économique n’étant pas identiques selon que vous ubérisez le transport de personnes, l’hôtellerie, l’intérim, la médecine ou encore la sécurité. Il est à noter d’ailleurs que l’ubérisation est avant tout un phénomène économique, avec des enjeux de société extrêmement importants. La deuxième mission de l’Observatoire consiste donc à faire des propositions à l’ensemble de ceux qui ont le pouvoir de décision. Voilà pourquoi nous avons publié cette année le Livre Bleu  de l’ubérisation positive « Des change makers pour ré-objectiver les débats autour du numérique en France ».

Quelles propositions faites-vous dans ce Livre Bleu pour que l’ubérisation ne soit plus subie mais réfléchie et décidée par tous ?

G. L. : Il s’agit de réfléchir au moyen de mettre en place une logique gagnant-gagnant entre les plateformes et les indépendants, de manière à ce que les premières partagent la valeur créée avec les seconds. Or, je constate que de plus en plus souvent les auto-entrepreneurs ne peuvent tout simplement pas refuser les conditions dictées par les plateformes dans la mesure où ils en sont devenus économiquement dépendants. Il ne s’agit pas d’aller vers une requalification massive en contrats de travail, mais de voir comment faire pour mieux répartir la valeur, mieux contrôler les commissions et mieux protéger les indépendants qui travaillent avec les plateformes. Pourquoi, par exemple, ne pas diminuer les commissions des plateformes les plus plébiscitées par les clients et instaurer un système de reversement de parts de dividende aux meilleurs prestataires durant l’année. Il faudrait en outre que le monde de l’ubérisation se rapproche de ce qui est mis en place ailleurs, notamment par l’intérim, pour  améliorer le quotidien  des indépendants. Les plateformes devraient notamment leur fournir une protection sociale via une mutuelle, des formations, une VAE, etc., afin qu’ils ne restent pas dans une logique de précarité. Il faut donc déjà qu’elle commencent à mettre en œuvre les dispositions prévues dans l’article 60 de la loi Travail. Concernant les relations entre les plateformes et les indépendants, il nous paraît également indispensable de se poser la question de la pertinence des critères de requalification  qui ont été définis voici une soixantaine d’années et qui ne sont pas adaptés aux réalités de l’économie numérique.

Comment voyez-vous l’évolution du rôle des acteurs traditionnels, comme les entreprises d’intérim et les cabinets de recrutement, par rapport à celui des nouveaux acteurs qui apparaissent ?

G.L. : Je pense que l’ubérisation du monde du recrutement est tout à fait possible. Certains acteurs commencent d’ailleurs à faire des choses intéressantes dans ce domaine en utilisant au mieux l’intelligence artificielle, le Big data, le machine learning, etc. Mais bien évaluer la demande, trouver les compétences requises et avoir les personnes disponibles en temps réel, nécessite beaucoup d’investissements et de traitement de la donnée. Pour ces acteurs, la part technologique est plus lourde que dans d’autres secteurs d’activité.

Il y a ensuite la façon dont on peut tirer des enseignements de ce qui est mis en place par ces acteurs traditionnels pour sécuriser les parcours des salariés intérimaires. Jusqu’à présent, nous avions les deux grands blocs que sont le salariat soumis aux règles du code du travail et le travail indépendant classique qui relève exclusivement du code du commerce. Avec l’ubérisation, un troisième système émerge pour lequel il va falloir essayer d’allier le meilleur de la relation salariale avec le meilleur de la relation commerciale. Et il me semble qu’un certain nombre d’acteurs de l’intérim pourraient proposer des solutions pour des d’indépendants via des plateformes. 


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Fondé par la Fédération des auto-entrepreneurs (FEDAE) et l'association Parrainer la Croissance, cet observatoire a pour but d'accompagner l'ubérisation, d'apporter un constat précis et de proposer des pistes de réflexion autour de la réforme du code du travail, du dialogue social, de l'évolution du Droit...

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